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Thalestris | 14/06/19 16:48

Elle aura attendu des lunes et des lunes. Et puis les astres se sont alignés et l'étincelle de vie qui lui manquait a enfin pris naissance au sein de son tombeau, réunifiant ses os, rassemblant les limbes de son esprit éparpillés un peu partout dans une dimension inaccessible aux humains. Cette oeuvre, car c'est comme ça qu'il faut la voir, a pris fin lors de la dernière lune et la voici maintenant aux portes d'une nouvelle vie, d'une renaissance comme la qualifieraient les maîtres de la Connaissance. Est-elle humaine ? Rien n'est moins sûr. Mais elle a un nom, un nom qui résonne en elle comme un gong ininterrompu et qui alimente sa colère: "Tha-les-tris, Tha-les-tris...". Elle a beau tenter de se boucher les oreilles, ces trois syllabes sont en elle et ce sont elles qui poussent son sang dans ses veines.
Il fait nuit. En titubant elle sort du cimetière, respirant l'air à pleins poumons. Où est-elle ? Elle l'ignore. Elle sait qu'elle est sur Daifen, car c'était écrit, mais ses souvenirs s'arrêtent là. Sans hésiter, elle prend la direction du Nord, comme attirée par une malédiction. Il faut qu'elle aille dans ce sens, elle suit donc ses pas sans hésiter. Au petit matin, elle débouche sur une place et avise une taverne. Il lui faut se nourrir avant d'entreprendre toute chose.
Le local est enfumé, à croire que les hommes qui l'occupent ne se sont pas couchés de la nuit. D'ailleurs certains dorment à même la table, leur tête dans leurs bras repliés. Thalestris va s'asseoir devant une table inoccupée, au fond de l'estaminet. Parmi les consommateurs, un barde lève les yeux et la suit du regard, pensif. Cette silhouette lui rappelle incontestablement quelqu'un mais il n'arrive pas à se rappeler qui. Il faut dire qu'il a vieilli et que ses chansons n'ont plus du tout la même pertinence qu'autrefois. Mais son instinct ne le trompe pas: il connaît cette fille. Il se lève et s'approche de la table de l'inconnue si familière. - Je peux ? La fille ne répond pas, elle se contente de lever des yeux inexpressifs vers son visage. Il ne peut s'empêcher de les admirer, ces yeux: bleus comme l'océan, mais un océan en furie. Puis son regard suit la courbe de la mâchoire, s'arrêtent sur les lèvres pulpeuses et descend vers la poitrine qu'il devine ronde et pleine sous la chemise en lin qui a connu des jours meilleurs. Son instinct lui murmure de se tenir à l'écart, mais il ne l'écoute pas. Il s'assoit à côté d'elle. - Salut belle demoiselle, quel bon vent vous pousse ? La fille le regarde puis dit: - J'ai faim. Le barde n'hésite pas. Il lève la main et appelle le tavernier: - Rob, amène un peu de ton ragoût de mouton par ici, mademoiselle a faim.
Thalestris est apaisée. Elle a mangé tout son soûl sous le regard admiratif du barde qui lui a galamment offert de payer pour elle. Elle attend désormais la suite qui ne tarde pas. Le barde la prend par la main et l'entraîne vers les chambres à l'étage après un clin d'œil au patron, le cœur joyeux à l'idée de s'offrir cette jeunette pour presque rien. Il la déshabille dans sa tête avant même de pénétrer dans la chambre, pensant à tout ce qu'il va lui faire pour une assiette de ragoût. La porte refermée derrière eux, il se retourne, plaque la fille contre la paroi et l'embrasse goulûment, explorant de ses mains habiles cette poitrine qu'il convoite depuis qu'il s'est assis en face d'elle. Pourtant, il déchante vite: la fille est comme un morceau de bois patiné par l'eau de mer. Elle n'a aucune réaction, ne manifeste rien, sa respiration ne s'est même pas accélérée. Il décide donc de passer outre et se débarrasse de ses braies. Mais lorsqu'il relève la tête, il note une étincelle dans le regard de sa proie. Profitant de sa surprise, la fille le saisit par les bras, le fait pirouetter et le plaque à son tour contre la paroi. Puis d'un mouvement habile, elle fait apparaître un stylet dans la main gauche et le plante directement dans le cœur du barde qui se noie dans les yeux bleus d'une mer en furie. Le tout n'a duré que quelques secondes, le temps d'un soupir. Le stylet transperce la cage thoracique du barde et se fiche dans la paroi. Il meurt sans dire un mot, sans même avoir le temps de protester.
Thalestris dégage son stylet du corps qui s'affaisse lentement et essuie la lame sur la veste de sa victime. Elle fait les poches du cadavre, récupère tout l'argent qu'elle trouve ainsi qu'un vieux cahier sur lequel figure un nom dont les lettres sont à demi effacées. Elle tente de le déchiffrer sans y parvenir, elle croit deviner que le barde se prénommait Faerandel mais ce nom ne lui dit rien. Elle hausse les épaules, revigorée. L'odeur du sang la revitalise, elle se sent en pleine forme. Sans un regard en arrière, elle sort de la chambre et referme soigneusement la porte derrière elle.

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